Swiss made terre d'asile

Watch Around, c’est déjà dix ans de réflexion. Dix ans d’analyses. Dix ans d’article de fond. La plongée archéologique commence au numéro 001, avec un dossier inaugural signé Jean-Philippe Arm.

Tout commence avec cette simple question, dont l’actualité ne s’est pas démentie depuis le printemps 2007: pourquoi la Suisse s’impose-t-elle toujours comme le lieu d’implantation quasiment obligatoire de toutes les marques horlogères dont l’ambition ne se limiterait pas au volume?

L’interrogation est frontale, la réponse est transversale. «Inimaginable de le faire ailleurs», décrète le Français Richard Mille. L’Italien David Zanetta, établi depuis cinq ans à Saint-Croix avec Denis Flageollet, Français, renchérit: «A moins d’être suicidaire, vous devez le faire ici.» Le Luxembourgeois Jean-Claude Biver laisse chanter la métaphore atmosphérique, évoquant les «courants ascendants» qui font danser le ciel du Jura: «S’il [le créateur de marque] veut avoir une connotation haut de gamme, il n’a pas le choix.»


Imaginez ce que l’horlogerie sera quand elle existera vraiment, à 30, 40 ou 50 milliards…
— JC.BIVER, printemps 2007

Mais l’attraction a sa face obscure. Au printemps 2007, l’Italien Vincent Calabrese craint déjà le pire: «De gros investissements promotionnels ont transformé une passion confidentielle en un vaste engouement mondial, auquel beaucoup répondent dans la précipitation. […] Si le consommateur final paie des centaines de milliers de francs pour des trucs qui ne fonctionnent pas, la farce pourrait tourner au vinaigre...»

Jean-Claude Biver, qui note que malgré son aura l’horlogerie suisse n’existe pas vraiment (au sens économique du terme), prévoit une fin plus heureuse: «L’horlogerie suisse, dans sa totalité, c’est 13 milliards de francs à l’exportation, disons 15 en comptant le marché intérieur. Imaginez ce que l’horlogerie sera quand elle existera vraiment, à 30, 40 ou 50 milliards…» Dix ans plus tard, le swiss made stabilise son socle à 20 milliards et l’on parle de crise. Qu’en aurait pensé le Bavarois Hans Wilsdorf, parti alors que les exportations venaient tout juste d’atteindre le milliard de francs?

WA | SG&PAS | 11.2017